L’agressivité n’est pas une fatalité

“Mon chien est agressif” est une phrase que j’entends souvent. Elle est prononcée comme une vérité absolue, au même titre que “Mon chien est blanc”. Comme si l’agressivité du chien était une fatalité, un fait indéniable qui nous pousse à la résignation. Mais rassurez-vous, l’agressivité n’est pas une fin en soi. Elle se manifeste dans un contexte particulier qu’il nous faut décrypter pour en comprendre les causes et trouver les adaptations à mettre en oeuvre.

 

Qu’est-ce qu’une conduite agressive ?

 

Une conduite agressive est un comportement normal, présent dans l’éthogramme (répertoire des comportements) du chien, qui vise à résoudre un conflit avec un autre individu. C’est une séquence comportementale codifiée et ritualisée, c’est à dire un enchaînement d’actes interdépendants visant à fournir une réponse à une stimulation donnée, qui sera sensiblement identique pour tous les individus de la même espèce.

Il existe différents modèles pour décrire et expliquer cette séquence. Le schéma que j’ai choisi se déroule en 4 étapes.

Etape 1 : la menace

Le chien a les babines retroussées et il grogne : il envoie un avertissement. La menace est destinée à impressionner l’individu et à éviter le passage à l’acte. Le chien prévient que la situation ne lui plaît pas et qu’il est prêt à aller plus loin si elle ne cesse pas. Si la menace est inefficace, alors le chien passe à l’étape suivante.

Etape 2 : la morsure, le passage à l’acte

La prise en gueule peut être plus ou moins forte, et durer plus ou moins longtemps. Dans les conflits entre chiens, chaque individu va éviter les morsures de l’autre et essayer de le saisir vers le garrot. Le but est de pouvoir jeter l’autre au sol et s’imposer à lui en le maintenant plaqué. Quant elle est dirigée vers un humain, la morsure peut-être un moyen pour le chien de faire cesser une action. Par exemple, un chien peut mordre pour faire stopper une personne qui se rapproche de sa niche.

Etape 3 : l’apaisement

Dans les conflits entre chiens, une fois que le vaincu se soumet, l’affrontement se termine. Chaque chien émet alors les signaux d’apaisement qui conviennent pour un retour au calme, comme des lèchements. Après un conflit avec un humain, le chien peut également revenir le lécher.

Etape 4 : la phase réfractaire

Il s’agit d’une phase pendant laquelle le comportement agressif ne va plus s’exprimer car le chien est trop fatigué. Il n’a plus assez d’énergie pour se lancer de nouveau dans cette séquence. C’est une sorte de retour à l’équilibre de l’organisme. Le chien est en phase de récupération.

 

Ce modèle est un fonctionnement général qui peut être modifié selon le contexte ou les individus. Par exemple, le dressage au mordant demande un passage à l’acte sans menace. De même, sous l’effet de la peur, un chien peut mordre sans menace. Un autre cas est celui d’un chien poursuivant une proie : la morsure délabrante (le chien va maintenir la morsure et secouer violemment la tête) visera alors à tuer la proie.

 

Les différents types d’agression

 

Il existe plusieurs classifications des agressions suivant l’approche choisie :  le contexte, la motivation, le déclencheur et la conséquence ou l’effet. J’ai choisi de vous en présenter quelques types de différents auteurs (Moyer, Dehasse).

L’agression à caractère hiérarchique

Elle peut arriver entre 2 chiens qui tentent de s’ajuster, de se positionner l’un par rapport à l’autre. Impressionnante, l’agression cesse dès que l’un adopte une posture de soumission. C’est un cas fréquemment observable entre 2 mâles.  Un chien peut également s’en prendre à un humain qui remettrait en question des privilèges qui lui ont été accordés au quotidien.

L’agression par irritation (douleur)

Il s’agit d’une réaction défensive lorsque le chien ressent une douleur. La phase de menace peut être courte voire inexistante. Elle peut s’observer, par exemple, lors des soins apportés sur un animal blessé (voir l’article Changer un pansement à ce sujet).

L’agression par peur

Le chien, poussé par ses émotions va répondre brusquement à la situation.  C’est la manifestation la plus fréquente et la plus mal identifiée : les étapes ne sont pas toujours observables, la menace peut être supprimée. Ce type d’agression, qui peut avoir des conséquences très graves, peut survenir lorsqu’un enfant saute sur un chien endormi, ou que l’on s’approche du chien brusquement sans que celui ne puisse se soustraire (parce qu’il est, par exemple, tenu en laisse ou acculé dans un coin).

L’agression compétitive

Elle caractérise l’agression  d’un chien qui va défendre une ressource (un jouet ou de la nourriture par exemple) qu’il ne veut pas se voir enlever. C’est le cas d’un chien qui grogne lorsqu’un individu s’approche de sa gamelle quand il mange.

L’agression de distancement

Il s’agit d’une agression qui vise à faire reculer un individu qui a franchi la distance critique du chien – distance minimum tolérable pour un individu inconnu. Cette distance étant variable selon les chiens, il est difficile de prévoir ces agressions. Elle peut être dirigée contre un individu étranger du cercle familial, canin ou humain, ainsi qu’envers des individus qui ont des caractéristiques inhabituelles pour le chien (un chapeau, une canne,…).

 

Ce que vous pouvez faire

 

Vous l’aurez donc compris, tous les chiens sont susceptibles de présenter des conduites agressives. Ainsi, tous les chiens peuvent se montrer agressifs au moins une fois dans leur vie. Alors dire que son chien est agressif, sans rien expliquer derrière, ne veut pas dire grand chose, et ne fait que susciter de la peur et d’autres émotions pas toujours positives chez vos interlocuteurs.

Sans essayer de classifier tous les comportements agressifs de votre chien, vous pouvez faire la liste de ces situation en vous remémorant le contexte et tous les détails dont vous vous souvenez. Des tendances peuvent se dégager : il grogne à chaque fois que vous voulez reprendre son jouet, il serait prêt à foncer sur tous ceux qui tiennent un bâton ou une canne, il a peur des grands chiens,… Il ne faut pas non plus négliger la douleur : un chien qui a des vertèbres déplacés peut réagir violemment à chaque approche de ses congénères car il souffre.

Une fois les causes de ces conduites agressives déterminées, il est ensuite possible de mettre en place des actions pour diminuer leurs fréquences. Si un chien a peur, le travail peut consister à augmenter son seuil de tolérance. Si un chien protège ses ressources, on peut suivant les cas, lui proposer de troquer. Si un chien est mal familiarisé, il est possible d’améliorer sa familiarisation progressivement.

Dans tous les cas, vous pouvez faire appel à un comportementaliste qui pourra vous aider à décrypter ces agressions et vous conseiller sur les actions à entreprendre. Les recommandations ne seront pas les mêmes pour un berger hollandais au caractère affirmé qui s’en prend aux autres chiens, que pour un chihuahua sur les genoux de son maître qui grogne et mord l’enfant qui s’approche. Chaque situation est particulière et mérite d’être clarifiée, pour notre sécurité et celle des autres.

 

Photo : Angry Chihuahua growling, 2 years old © Eric Isselée – Fotolia.com

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