Merlin et l’apprentissage de la solitude

Merlin est un adorable chiot chien-loup. Affectueux et espiègle, il est très sociable et vient facilement rechercher le contact humain. Il vient de passer 2 mois dans son élevage, entouré de ses frères et sœurs, de sa mère et d’autres congénères, de son éleveuse attentionnée et des nombreux visiteurs venus pour la familiarisation. Il rencontre ses nouvelles maîtresses et découvrent sa nouvelle maison. Ces premiers instant sont joyeux et présagent d’une belle aventure. Le tableau semble parfait, … sauf que Merlin ne supporte pas d’être séparé de ses maîtresses ! Il pleure et hurle dès qu’il les perd de vue, et ce, malgré la présence d’Ayla, la chienne de la famille. Les nuits sont difficiles, les absences quasi-impossibles… Que faire ? Comment aider Merlin à faire l’apprentissage de la solitude (dans le sens “absence des maîtres”) ? 

 

Comprendre son anxiété

 

En l’absence de ses maîtresses, les hurlements et autres vocalises de Merlin sont les manifestations de son malaise. Essayons de nous mettre à sa place, tous ses repères ont été bouleversés : nouvelle maison, nouveaux compagnons, nouveaux êtres d’attachement, nouvelles odeurs,… bref, le dépaysement total. De plus, il vient également de subir la perte de tout ce qu’il connaissait : ses frères et sœurs avec qui il jouait, sa mère et les autres adultes de son groupe, son éleveuse qui était son premier être d’attachement humain, ses espaces de vie, ses odeurs habituelles, ses rituels, et tout ce qui faisait son quotidien. Alors perdre ses nouveaux êtres d’attachement déclenche en Merlin une vraie détresse, d’autant que le chien vit dans le présent, sans projection dans le futur, il ne se représente pas la durée de l’absence. L’absence de ses propriétaires entraîne une anxiété que Merlin exprime en gémissant et hurlant, anxiété que la présence d’Ayla ne supprime pas (d’autant que les deux chiens n’ont pas encore tissé de liens).

Les maîtresses, conscientes de ce que vit Merlin, ont fait appel à moi pour les accompagner à aider leur chiot à gérer ses émotions et à ne plus ressentir cette profonde détresse lors de leurs absences.

 

Instaurer un cadre et banaliser les départs

 

Merlin et l'apprentissage de la solitudeUne des premières choses à faire est d’instaurer un cadre clair avec des règles qui constitueront de nouveaux repères pour Merlin. Dans ce cas, il s’agit pour les propriétaires de garder l’initiative des contacts, c’est-à-dire de ne pas répondre systématiquement aux demandes de câlins de Merlin. Oui je sais, j’entends d’ici vos commentaires “Mais comment résister à ce petit chou ?!”… Avec beaucoup de volonté et en sachant que s’il obtient des câlins à chaque demande, alors le moment où il n’en obtiendra plus du tout sera un calvaire pour lui. Et puis cela ne veut pas dire qu’il ne faut plus de câlins, seulement que les propriétaires doivent être les initiatrices, pour aider Merlin à apprendre à rester seul.

Une autre règle à mettre en place concerne les départs et les retours des maîtres. Nous avons tous des rituels de départs : nous recherchons nos clés, nous prenons nos manteaux, nous prenons nos sacs, autant de gestes annonciateurs de départ que le chien connait par cœur parce qu’il nous a observé et a appris ce que cette séquence chez nous impliquait pour lui, à savoir rester seul. Le chien peut anticiper ce départ et l’anxiété peut apparaître dès les premiers gestes des propriétaires. Cette anxiété est souvent renforcée sans le savoir par des maîtres qui essayent de réconforter le chien en lui expliquant que ça ne sera pas long, que tout va bien aller, qu’ils reviennent. Mais pour le chien qui ne comprend pas le sens des mots, recevoir des paroles réconfortantes alors que le stress monte est une preuve qu’il a raison de stresser. Lors des retours, le chien peut également demander beaucoup d’attention, notamment en sautant. Dans ce cas aussi les maîtres encourage sans le vouloir ce comportement en répondant aux assauts du chien soit en le caressant, soit en lui parlent ou en le repoussant. J’ai donc conseillé aux maîtresses d’ignorer Merlin avant tous les départs et lors de tous les retours. En ignorant le chien, on lui envoie le message qu’il s’agit d’un événement banal et qu’il n’y a pas lieu de stresser.

 Enfin, les maîtresses de Merlin ont ont pratiqué quotidiennement des exercices simples pour aider davantage le chiot à gérer ses émotions et à dédramatiser leurs absences.

 

Epilogue

 

Après une dizaine de jours, la situation s’est bien améliorée. Les nuits se passent sans pleurs. Dans la journée, Merlin se met parfois de lui-même à l’écart dans une autre pièce, il ne suit plus systématiquement ses propriétaires partout dans la maison. Il parvient même à rester seul avec Ayla dans la maison sans hurlements de détresse. Ce serait mentir d’affirmer que tout est réglé, après tout c’est encore un bébé et cela ne fait même pas un mois qu’il est chez lui. Mais avec de la patience et de la persévérance, ses maîtresses ont déjà fait des merveilles ! Alors souhaitons leurs une très bonne continuation dans leurs efforts pour aider Merlin à surmonter son anxiété, et surtout une très bonne cohabitation eux quatre !

 

Photos : Merlin © Emilie Reydon

 

Un grand merci à Emilie et Julie pour leur confiance, leur patience et leur joie de vivre !

Vous voulez suivre les aventures de Merlin et d’Ayla, c’est par ici : Le Lignage

 

 

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